Du 16 octobre 2019 au 3 juin 2020
100 représentations partout en Wallonie et à Bruxelles

 

FRANCIS LALANNE

C’est au cœur du Pays basque français que Francis Lalanne voit le jour en 1958, à Bayonne, sous les auspices du multiculturalisme. Libanais par ses grands-parents, Basque et Béarnais par son père et Uruguayen par sa mère, le jeune garçon grandit au cœur d’un creuset de cultures, solidement adossé aux Pyrénées.
Son père, agent des Nations unies, emmène sa famille au gré de ses déplacements et, à l’image de Lautréamont, c’est à Montevideo que Francis Lalanne passe une grande partie de son adolescence avant que ses parents ne reviennent s’installer à Marseille. Musicien à ses heures perdues, le jeune homme prend des cours de théâtre au Conservatoire de Marseille tout en faisant, le week-end, la tournée des Maisons des Jeunes et de la Culture et des cafés-concerts avec ses frères (Jean-Félix, futur compositeur de musiques de films, et René, futur scénariste et réalisateur de cinéma sous le pseudonyme de René Manzor), formant à eux trois le groupe Bibi Folk.

Le théâtre du bonheur

Comme nombre de jeunes provinciaux, c’est à Paris qu’il monte une fois son bac en poche pour suivre des études de Lettres à la Sorbonne. Entre deux cours magistraux, Francis Lalanne, qui a déjà la fibre sociale, donne des concerts dans les hôpitaux psychiatriques, les hospices et les centres carcéraux. Proposant ses partitions et ses textes aux maisons de disques, il essuie refus sur refus, les labels ne croyant pas aux écrits poétiques un peu baba-cool et beaucoup trop « provinciaux » du jeune homme.
La mode des hippies est passée et, de l’avis des producteurs, ce jeune chevelu aux textes gentiment écolos et à la guitare sèche est arrivé un tantinet trop tard sur le marché. Sa rencontre avec le comédien et metteur en scène Jean-Luc Moreau, grand spécialiste du dramaturge Georges Feydeau, change la donne car l’homme de théâtre croit aux chances du jeune chanteur. Sonnant le ban et l’arrière-ban de ses contacts dans le milieu de la production, Jean-Luc Moreau permet à Lalanne d’enregistrer un premier album en 1979, Rentre Chez Toi, dont le titre principal, « La Maison du bonheur », est diffusé sur la plupart des grandes radios. Début du succès pour Francis Lalanne qui fait plusieurs concerts dans la foulée et rappelle au public un Maxime Le Forestier avec quelques années de moins.

Le vieux copain

Très à cheval sur la mise en scène – passé d’acteur de théâtre oblige – Francis Lalanne est un hyper-perfectionniste qui règle ses shows au millimètre près. La tournée qui suit la sortie de son deuxième album, en 1980, ne fait pas l’unanimité autour de lui car le chanteur s’y révèle un peu trop tatillon sur la mise en scène, pour ne pas dire parfois chichiteux. De plus, il agace certains par sa manière d’apostropher le public à la manière d’un prophète christique pour multiplier les aphorismes entendus sur la paix dans le monde et les déclarations d’intention pleines de bonne volonté sur la nature et la pollution. Déjà, Francis Lalanne, s’il plaît au plus grand nombre, commence à faire ricaner dans certains cénacles.
En 1981, victoire de la gauche aidant, Francis Lalanne se découvre une fibre sociale et son troisième album s’en ressent, multipliant les titres engagés comme « Des mains de chômeurs ». Toujours aussi soucieux de ses prestations scéniques, c’est en collaboration avec Patrick Dupond qu’il organise la tournée qui suit la sortie de « Toi mon vieux copain », faisant de ses concerts de véritables spectacles mêlant théâtre, chanson et danse.
Un nouvel album (également sans titre, comme son prédécesseur) paraît en 1982 et est encore un honnête succès public et vaut à Francis Lalanne de jouer à l’Hippodrome de Pantin ou au Palais des Sports, qu’il remplit à chaque fois. Vedette populaire, Lalanne éreinte son public avec des concerts qui peuvent durer jusqu’à quatre ou cinq heures. Ce n’est qu’avec Amis d’en France, en 1984, qu’il cesse les mises en scène pharaoniques pour se produire seul face au public, sans décor, ni musiciens apparents ; avec sa guitare pour tout décorum.

Cyber Francis

Artiste hyperactif, Francis Lalanne ne souhaite pas se limiter à la chanson. En 1986, l’artiste se tourne vers deux autres domaines artistiques. Lui qui s’est déjà essayé à l’écriture ambitionne cette fois de monter un grand opéra-rock à la fois épique et post-moderne, son Starmania à lui, version Guerre de Troie ET Guerre des Etoiles. En 1985, Coup de Foudre constitue la première partie de cette fresque épique consacrée au personnage d’Athom le Rebelle. Si l’album s’écoule correctement, la note d’intention du spectacle, elle, se fait proprement étriller en règle par la critique, heureuse de pouvoir se défouler sur un artiste qui n’en demande pas tant.
Au corps défendant des critiques, il est cependant nécessaire d’avouer que le thème de l’Odyssée spatialo-kitsch d’Athom le héros semble peut-être ambitieux pour un opéra-rock destiné à être monté sur scène. À croire qu’il existe une malédiction sur les projets « futuristes alternatifs » des artistes de variété hexagonaux : Alain Bashung lui-même s’était cassé les dents sur Le Cimetière des voitures, pourtant mis en boîte par Fernando Arrabal, et Jean-Luc Lahaye connaît lui aussi le bouillon quelques années plus tard avec son CD-roman moderniste Parfum d’enfer.
Pas échaudé pour autant, Francis Lalanne récidive l’année suivante avec le second opus des aventures d’Athom, Mai 86, sans pour autant parvenir à convaincre. L’autre grande ambition de Francis Lalanne passe par le grand écran : son frère, René Lalanne (rebaptisé René Manzor pour le septième art) se lance dans la co-production d’un film là encore marqué par le sceau du futurisme, Le Passage, qui s’offre rien de moins qu’une tête d’affiche de luxe en la personne d’Alain Delon. Bien qu’ambitieux sur le papier, le résultat à l’écran est mitigé. Si la critique est assassine envers le film (qui a très mal vieilli en dépit de quelques éléments très corrects pour un film de science-fiction français réalisé dans les 1980 et lorgnant à la fois vers Jean Cocteau et du côté du Brazil de Terry Gilliam), la bande originale, composée par Francis Lalanne, notamment la chanson du générique « On se retrouvera » (et son célèbre refrain, « Pense à moi comme je t'aime »), sont des succès qui rattrapent largement le flop du film.
Et Francis Lalanne ne s’arrête pas là, puisqu’en 1987, on le retrouve sur les planches, dans une adaptation du Dom Juan de Molière (il interprète le rôle principal), montée par son vieux complice Jean-Luc Moreau.

L’homme de lettres

Nanti de toutes ces casquettes, il ne revient à la chanson qu’en 1989 (la même année, il co-produit encore un autre film de son frère, 36 15 code Père Noël, qui fait un bide en salles, sans que cela soit particulièrement justifié) avec De Corazón, un album entièrement écrit en espagnol (langue qu’il maîtrise couramment du fait de ses séjours passés en Uruguay) évoquant un Amérique du Sud et une Espagne de carte postale, bien loin des expérimentations cyberpunks des années précédentes.
L’image médiatique de Francis Lalanne commence néanmoins à pâtir de ses prestations sur les plateaux de télévision : en 1990, invité de l’émission Avis de Recherche sur TF1, il est pris par l’émotion et se lance dans une tirade sincère, mais involontairement burlesque du fait de son outrance, contre les bureaucrates « ronds-de-cuir » qui étouffent la création en France. Un tour du monde à la voile sur un bateau fort justement appelé Athom le Rebelle lui permet de se ressourcer quelque peu et de s’éloigner des studios.
S’il revient sur le devant de la scène dans les années qui suivent, c’est en tant qu’écrivain. Francis Lalanne s’était déjà essayé avec Adjedhora, un traité de philosophie politique d’une touchante naïveté et, désormais, c’est dans la fiction qu’il exerce avec un Roman d’Arcanie entièrement en vers et un traité de versification, Le chant de l’Ilbex. Le chanteur s’aventure également du côté de la politique, militant en 1992 pour le « Non » au référendum sur le traité de Maastricht et réalisant à cette occasion quelques prestations télévisuelles qui lui valent à nouveau de se faire copieusement tourner en ridicule.
L’album Tendresses, la même année, marque heureusement son grand retour à la chanson et le succès du single « Reste avec moi » prouve que le public ne l’a pas oublié. De nouveaux spectacles mêlant musique, théâtre et danse sont organisés à la suite de la sortie de l’album, donnant lieu à un enregistrement live en 1994. S’intéressant toujours au théâtre, le chanteur se refait acteur pour les besoins de L’Affrontement en 1996, de Coriolan l’année suivante et de Don Quichotte en 2000.

Le dernier des Mohicans

Revenu par la fenêtre alors que personne ne l’attendait par la grande porte, le surprenant Lalanne fait partie de ces artistes ayant su se créer un personnage au point de se confondre avec lui mais, surtout, ayant été capable de rebondir sur les ricanements d’un public télévisuel goguenard pour se recréer une vraie notoriété, prouvant au passage que l’homme ne manque ni de second degré, ni de recul sur lui-même. Un peu de modestie et d’autodérision dans le monde mégalomaniaque et pailleté du show-business ne fait jamais de mal.

ANAIS ELBA

Pianiste, compositrice, chanteuse et performeuse, Anaïs Elba est une artiste bruxelloise polyvalente de 29 ans. Elle joue du piano depuis l’âge de 4 ans. Diplômée du Conservatoire en piano classique et composition, elle s’est ensuite passionnée pour la pédagogie, le sound design et la mise en scène (one-womanshow de Marie-Eglantine). Compositrice et sounddesigner pour le théâtre (Théâtre de l’Anneau, Théâtre de la Galafronie) et pour la danse (Hippolyte Bohouo, Serge-Aimé Coulibaly). Claviériste et choriste dans différents projets belges de musiques actuelles (Valko, The Daring Man). En 2016, elle lance son projet solo néo-soul sous le nom Sïan Able, dans lequel on la retrouve à la composition, la production, le chant, l’écriture, les arrangements, et même le visuel.